PEA : les ETF synthétiques exposés aux États-Unis pourraient-ils être exclus ?

Les ETF ont pris une place importante dans l’épargne des Français. Ils permettent d’investir simplement sur un indice, souvent avec des frais réduits. Dans un plan d’épargne en actions (PEA), certains ETF synthétiques donnent même accès au S&P 500 ou au MSCI World.

Mais cette possibilité est aujourd’hui remise en question. Le gouvernement étudie une modification des règles du PEA qui pourrait exclure certains ETF exposés aux marchés non européens. À ce stade, aucune suppression n’est encore votée. Le sujet pourrait toutefois être discuté dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027.

Pourquoi des ETF synthétiques américains sont-ils éligibles au PEA ?

Le PEA, ou plan d’épargne en actions, a été créé pour favoriser l’investissement dans les entreprises françaises et européennes. En contrepartie, il bénéficie d’une fiscalité avantageuse lorsque certaines conditions sont respectées.

En principe, les investissements détenus dans un PEA doivent donc rester largement orientés vers l’Europe. Pourtant, de nombreux épargnants utilisent aujourd’hui leur PEA pour suivre des indices américains ou mondiaux, comme le S&P 500 ou le MSCI World.

Cette possibilité repose principalement sur les ETF synthétiques. Contrairement à un ETF physique, qui achète directement les titres de son indice, un ETF synthétique utilise un contrat financier appelé swap.

Concrètement, le fonds détient un portefeuille répondant aux critères d’éligibilité du PEA. En parallèle, il échange la performance de ce portefeuille avec une banque afin de reproduire celle d’un autre indice. L’investisseur peut ainsi obtenir la performance d’un indice américain tout en conservant son ETF dans son PEA.

Type d’ETFFonctionnement
ETF physiqueLe fonds achète directement tout ou partie des actions de l’indice
ETF synthétiqueLe fonds utilise notamment un contrat d’échange pour reproduire la performance de l’indice
ETF synthétique S&P 500 dans un PEALe fonds reste juridiquement compatible avec le PEA mais restitue la performance d’actions américaines

Ce mécanisme n’est pas nouveau. Il existe depuis plusieurs années et a permis aux investisseurs français de diversifier plus largement leur PEA sans passer par un compte-titres.

Pourquoi le gouvernement envisage-t-il de changer les règles ?

Le débat porte surtout sur la philosophie du PEA. Cette enveloppe fiscale a été conçue pour orienter l’épargne vers les entreprises européennes. Or certains ETF permettent aujourd’hui de bénéficier de ses avantages fiscaux tout en recherchant la performance de marchés situés hors d’Europe.

Selon Le Monde, la Direction générale du Trésor a informé plusieurs représentants du secteur financier qu’une évolution pourrait être envisagée dans le projet de loi de finances pour 2027. L’objectif serait de rendre certains ETF exposés à des indices non européens inéligibles au PEA.

Le sujet avait déjà été soulevé au Parlement. En mai 2026, le sénateur Hervé Maurey avait interrogé le gouvernement sur l’éligibilité des ETF synthétiques. Il estimait que ce fonctionnement pouvait s’éloigner de l’objectif initial du PEA.

Le 25 août 2026, une nouvelle question écrite a été déposée à l’Assemblée nationale par le député Corentin Le Fur. Il demande au gouvernement de préciser s’il envisage réellement de modifier les conditions d’éligibilité des ETF synthétiques exposés aux indices non européens dans le cadre du budget 2027.

Il faut toutefois éviter une confusion importante : il ne s’agit pas, à ce jour, d’une interdiction définitivement décidée par des élus. Le gouvernement étudie une évolution et plusieurs parlementaires ont interpellé l’exécutif. Les modalités finales ne sont pas encore connues.

Pourquoi cette évolution serait importante pour les épargnants ?

La question est loin d’être marginale. Les ETF rencontrent un succès croissant auprès des particuliers, notamment grâce à leur simplicité et à leurs frais généralement limités.

Selon les données citées par Le Monde, plus de 1,1 million de Français ont investi au moins une fois dans un ETF en 2025. Ce nombre a progressé de 83 % par rapport à 2024. Le journal rappelle également que les PEA représentaient environ 125 milliards d’euros d’encours.

Les ETF mondiaux sont particulièrement appréciés. Ils permettent de répartir un investissement sur plusieurs centaines d’entreprises avec une seule ligne en portefeuille. Le MSCI World, par exemple, regroupe près de 1 400 valeurs de pays développés. Cependant, il reste fortement exposé aux entreprises américaines.

Une exclusion des ETF synthétiques répliquant des indices non européens limiterait donc sensiblement les possibilités de diversification géographique à l’intérieur d’un PEA.

Aujourd’huiSi certains ETF étaient exclus
Possibilité de suivre le S&P 500 dans certains PEACette possibilité pourrait disparaître pour certains produits
Possibilité d’obtenir une exposition MSCI WorldCertains ETF pourraient perdre leur éligibilité
Fiscalité du PEA conservéeUne exposition mondiale pourrait nécessiter une autre enveloppe
Grande diversification avec quelques ETFConstruction du portefeuille potentiellement plus complexe

Pour un épargnant qui utilise son PEA principalement pour investir sur les États-Unis ou sur un indice mondial, l’enjeu est donc réel.

Que pourrait-il se passer pour les ETF déjà détenus ?

C’est probablement la question la plus importante pour les investisseurs actuels. Et, pour le moment, la réponse n’est pas connue.

Plusieurs scénarios sont envisageables. Une réforme pourrait uniquement empêcher les nouvelles acquisitions. Elle pourrait également retirer l’éligibilité de certains produits selon des modalités qui resteraient à déterminer.

Les professionnels du secteur défendent notamment l’idée d’une clause de grand-père. Cette règle protégerait les ETF déjà détenus avant l’entrée en vigueur d’une éventuelle réforme. Les nouvelles souscriptions seraient concernées, mais les anciennes positions pourraient être conservées.

Cette solution éviterait notamment d’obliger des milliers d’investisseurs à vendre leurs ETF dans l’urgence. Une vente forcée pourrait intervenir au mauvais moment de marché et perturber des stratégies d’investissement construites sur plusieurs années.

Scénario possibleConséquence pour l’épargnant
Maintien des titres déjà détenusAucun besoin immédiat de vendre
Interdiction des nouvelles souscriptionsL’ETF pourrait être conservé mais plus acheté
Perte complète d’éligibilitéDes règles de transition seraient nécessaires
Réforme abandonnée ou modifiéeLe fonctionnement actuel pourrait être maintenu

À ce stade, il serait donc prématuré de vendre un ETF uniquement sur la base des informations actuellement disponibles.

Faut-il modifier son PEA dès maintenant ?

Pour un épargnant, la première chose à retenir est simple : aucune réforme définitive n’est encore entrée en vigueur.

Il n’est donc pas nécessaire de bouleverser immédiatement une stratégie de long terme. Les marchés financiers réagissent souvent rapidement aux annonces, mais une décision patrimoniale doit rester fondée sur les textes réellement adoptés.

Il peut toutefois être utile de vérifier la composition de son portefeuille. Un investisseur très exposé au S&P 500, au Nasdaq ou au MSCI World via son PEA doit comprendre comment ses ETF fonctionnent et s’ils utilisent une réplication synthétique.

Il faut aussi réfléchir aux solutions alternatives. Le compte-titres ordinaire permet d’investir directement dans de très nombreux ETF américains ou mondiaux. L’assurance-vie peut également proposer des ETF internationaux selon les contrats. Leur fiscalité et leurs contraintes sont toutefois différentes de celles du PEA.

EnveloppeExposition internationaleFiscalité et particularités
PEAPrincipalement européenne, avec certains ETF synthétiques internationaux aujourd’huiFiscalité attractive après cinq ans sous conditions
Compte-titresTrès largeFiscalité de droit commun sur les revenus et plus-values
Assurance-vieVariable selon le contratFiscalité spécifique, notamment selon l’ancienneté du contrat

L’objectif n’est donc pas forcément de choisir entre « PEA ou États-Unis ». Une stratégie patrimoniale peut utiliser plusieurs enveloppes selon l’horizon, la fiscalité et le niveau de diversification recherché.

Conclusion : rester informé sans agir dans la précipitation

La possible exclusion de certains ETF synthétiques exposés aux États-Unis ou à d’autres marchés non européens constitue un sujet important pour les détenteurs de PEA.

Le gouvernement étudie une modification des règles et le sujet est désormais officiellement soulevé au Parlement. Toutefois, aucune interdiction définitive n’a encore été votée au 25 août 2026. Les conditions d’une éventuelle réforme, son calendrier et le traitement des ETF déjà détenus restent à préciser.

Pour les épargnants, la bonne approche consiste donc à rester informé sans agir dans la précipitation. Il peut être utile d’identifier ses ETF synthétiques, de mesurer son exposition aux marchés américains et d’envisager les différentes solutions disponibles si les règles du PEA évoluent.

Le véritable enjeu reste le même : construire une allocation cohérente avec ses objectifs, son horizon de placement et son niveau de risque, plutôt que de modifier son portefeuille au gré des annonces.

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